VOUS OUBLIEZ VOTRE CHEVAL
(CH TRENET/ CH TRENET ARCADY 1936)

VOUS OUBLIEZ VOTRE CHEVAL


Coiffé d’un large sombrero
Vêtu d’une veste à carreaux
Et chaussé de bottes légères

Hier, dans une boîte de nuit
On vit arriver seul sans bruit
Un homme d’allure étrangère

Ses yeux avaient des reflets verts
C’était les reflets des pelouses
Sa voix avait un timbre clair
Il avait l’accent de Toulouse

Un peu plus tard quand il sortit
En donnant son ticket d’vestiaire
La dame du vestiaire lui dit
Cette phrase très singulière

Monsieur, Monsieur
Vous oubliez votre cheval
Ne laissez pas ici cet animal.
Il y serait vraiment trop mal

Monsieur, Monsieur,
Pour un pur-sang dans un vestiaire
C’est triste de passer la nuit entière
Sans même coucher sur un’ litière

Comme il s’ennuyait
Et comme il bâillait
Je chantais pour qu’il soit sage
Comme il avait faim
Que j’n’avais plus d’pain
J’y ai donné un peu d’potag’

Monsieur, Monsieur,
Chose pareill’ est anormale
Ne laissez pas ici cet animal
Vous oubliez votre cheval.




Cinquante ans plus tard le jockey
A ses p’tits enfants expliquait
Des aventures invraisemblables

Il avait un sourire amer
Et comme il se croyait loup d’mer
Il jurait et crachait à table

Tout en mâchonnant un mégot
Il y allait de son bavardage
Il ne parlait que de cargos
De tempêtes et d’abordages

Mais les p’tits enfants pas dupés
Montrant un tableau qui s’effrite
S’écriaient " Grand-père, ce beau pré
C’est-y la mer ou Maisons-Laffitte ! "

Grand-père, Grand-père
Vous oubliez votre cheval
Vous nous menez en bateau c’est normal,
Mais vous n’êtes pas amiral

Grand-père, Grand-père
Jamais vous ne fûtes corsaire
Et vous n’avez connu le mal de mer
Que lorsque vous montiez Prosper

Dites-nous plutôt
Comment à Puteaux
Vous avez connu Grand’mère
Comment à Paris
Le soir du Grand Prix,
Vous vous êtes foutu la gueule par terre

Grand-père, Grand-père,
Vous n’êtes pas un vieux loup de mer
Vous n êtes pas non plus un amiral
Vous oubliez votre cheval.

Vous oubliez votre cheval


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