KANGOUROU
(CHARLES TRENET 1967)

KANGOUROU


(do)
Kangourou, kangourou,
Mon gentil p’tit kangourou
Aux yeux verts au poil roux,
On t’aimait ici beaucoup.

On t’avait rapporté
Du pays des grands étés,
D’Australie,
Dans un lit,
Un petit lit de paille bien joli.


Kangourou, kangourou,
Les premiers jours furent si doux.
Tu sautais comme un fou,
Gambadant un peu partout.
Sous les arbres, dans les fleurs,
Tu faisais le joli cœur.
Les voisins sans courroux
Disaient : "Qu’il est gentil, ce kangourou."


Tu grandis, tu grandis.
Le jardin devint trop p’tit.
A la fin, rassasié
De jouer à saute-rosier,
Saute-lilas, saute-gazon,
Un beau jour, tu fis un bond
Et franchit, c’est malin
Le mur de la maison rue Saint Paulin.

Un gendarme qui passait
S’écria : "Mais qu’est-c’que c’est
Que ce gros lapin d’choux
Qui saut’ le mur de chez vous?"
Je lui dis : "Ce lapin,
M’sieur l’gendarm’ c’est un copain."
Sans m’entendre, il t’emmène
Pour t’enfermer au Zoo de Vincennes.

Nous venions le jeudi
T’apporter des fruits confits.
Tristement, tu r’gardais
Les badauds qui te badaient

Et ton œil semblait dire :
"Est-ce bien vrai ou est-ce pour rire
Ou pour faire un’chanson
Que tu m’as fait jeter dans cett’ prison?"

Vint l’automne les jours froids
Et je compris ce jour, ma foi,
En venant un jeudi
Que tu allais mourir d’ennui.
J’eus alors du chagrin
De t’avoir ram’né de si loin
Sans savoir que ton bonheur,
C’était de vivr’ du pays de ton cœur.

Kangourou, kangourou,
Tu partis, gentil comm’ tout,
Pour des lieux merveilleux
Où l’on voit passer l’Bon Dieu,

Mais parfois, quand l’soleil
Brise de ses rayons vermeils
La pluie fine du mois d’août,
Je crois te voir là-haut, mon kangourou.

(Re)
Librement, librement,
Tu gambades au firmament.
Sur de beaux nuages perché,
Tu t’amuses à saute-clocher,
Saut’ le toit de la maison,
Saut’ les vers de ma chanson,
Loin des cages des verrous
Et sans rancune pour moi, mon kangourou.



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