LE SERPENT PYTHON
(CHARLES TRENET 1951)

LE SERPENT PYTHON


C’est un serpent python.
C’est un python serpent
Qui se promène dans la forêt
En cherchant à dévorer

Un beau petit lapin
Ou bien un nègre fin
Car le serpent Python a faim.
Il a une faim sans fin!

Mais bêtes et gens sont partis hier
Loués par la Metro Goldwyn Mayer
Pour figurer dans un film de Tarzan
Qui doit rapporter beaucoup d’argent!

Mais le serpent piteux
Est triste et s’mord la queue
Car il comprend, ô désespoir,
Qu’il ne mang’ra pas ce soir.

Soudain, le bois s’éveille.
Arrivent des appareils
De prises de vues de prise de son.
C’est la scène du grand frisson.

On lâche des animaux
Des lions et des Rhino-
Céros qu’ont l’air féroce comme tout
Mais sont doux comme des toutous.

Notre serpent, du haut d’une branche, en l’air,
Voit m’sieur Johnny Weissmüller
Qui fait joujou avec un éléphant.
Quel joli tableau pour les enfants !

Mais tant de cinéma
N’remplit pas l’estomac
Du pauvre python qui n’aura pas
Qui n’aura pas de repas.

Quand une idée subtile.
Germe au cœur du reptile
Profitant d’une répétition
Voici qu’avec précaution

Dans l’ombre du crépuscule,
Il avance, il recule
Puis happe un morceau minuscule
Un morceau de pellicule

Qui dépassait d’une boîte en fer.
C’était la grande scène du Val d’Enfer
Tournée l’matin dans une cloche à plongeur
Pour mieux voir évoluer le nageur

Et, comme un spaghetti
Le Python en appétit
Avale, deux cents mètres, à présent
Des aventures de Tarzan!

Puis il s’en va joyeux
Pensant : "C’est merveilleux
Je vais dormir maint’nant trois s’maines
Digérer ce film sans peine.

Rampant par-ci, par-là,
Il s’enroule, oh la la,
Autour d’un cocotier géant
Mais soudain s’écrie : "J’ai en...

J’ai envie d’vomir, c’est affreux : tu m’as
Empoisonné, cinéma!
Tarzan n’est pas pour les pauvres pythons.
J’en ai mal jusqu’au bout des tétons."

Et la moralité
Du python dépité,
C’est qu’parfois trop d’ciné parleur
Peut vous donner mal au cœur

Ou que les hommes digèrent, dit-on,
Mieux que les serpents
Mieux que les serpents Python.



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